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Qu'est-ce que Bayt Al Mel ?

Définition

Bayt Al Mel est un terme arabe qui peut se traduire par « Maison de l'argent » ou « Maison de la richesse ». Historiquement, il s'agissait de l’institution financière responsable de l'administration des impôts dans les états musulmans, en particulier au début du califat. Cette institution a servi de trésor royal, d'organe de gestion des dépenses publiques et des finances personnelles des califes et des sultans. En outre, elle collectait et redistribuait la Zakat collectée et se chargeait de financer les travaux publics. Les économistes musulmans modernes considèrent Bayt Al Mel approprié au cadre institutionnel des sociétés musulmanes contemporaines. Il s'agit donc d'une institution en charge de la politique budgétaire et supervisant l'ensemble des revenus et des dépenses de la communauté musulmane.

En effet Bayt Al Mel doit assumer la gestion du système fiscal de la société et la responsabilité de son bien être. En conséquence, Bayt Al Mel remplit la fonction de trésorier complétée avec la tâche de redistribution de la richesse dans l'accomplissement d'un objectif de justice socio-économique.

Concepts

Bayt Al Mel est un concept large qui repose sur la foi que tout appartient à Dieu, et que l'homme étant son agent sur la terre ne peut posséder certaines de ces choses que temporairement et accessoirement. Il est clair que l'accomplissement de justice socio-économique est l'objectif premier de Bayt Al Mel.

[Rappelle aux hommes] lorsque Dieu dit aux anges : « Je vais instituer un vicaire sur terre. » ﴿

La vache, verset 30.

Philosophie

Selon Abu Hamid Al Ghazali, la philosophie de Bayt Al Mel est d'assurer un financement public. L'objectif final étant de façonner une société engagée dans des valeurs matérielles et spirituelles équilibrées en veillant à ce qu’une part de la richesse obtenue par les individus soit redistribuée aux plus démunis.

Bayt Al Mel peut également être en charge de la gestion des activités commerciales, de la coordination des opérations de change et du commerce international. Dans le monde contemporain, cette fonction est tenue par le système bancaire qui n'est pas une entité distincte du système financier dans son ensemble.

Enfin, chaque individu a droit à un niveau de vie raisonnable et l’État doit garantir la dignité de la personne humaine en veillant à satisfaire ses besoins vitaux et à s'assurer que les prix pratiqués soient raisonnables et abordables en ce qui concerne les dépenses liées à la nourriture, l'habillement, la santé, l'immobilier et l'éducation.

Bay Al Mel à l'époque du Prophète saws

Les musulmans ont institué les fondations de Bayt Al Mel à l'époque du Prophète qui a nommé des gouverneurs et des commandants des différentes régions. Chaque commandant était responsable de la collecte de la Zakat, la Jizyah et du Kharaj.

A l'époque du Prophète il n'y avait pas de Bayt Al Mel permanent ou de trésor public. Quels que soient les revenus, les montants reçus étaient distribués immédiatement. Il n'y avait pas de salaires à payer et d’allocation de dépenses pour l'État. C’est pourquoi le besoin de Trésor Public n’était pas encore manifeste.

Parfois, il arrivait cependant que le Prophète désigne une personne responsable des affaires financières pour collecter les sommes dues à l'État. Le Prophète a fait cela avec par exemple Muadh Ibn Jabal (qu'Allah soit satisfait de lui) quand il l'a envoyé au Yémen pour recueillir l'argent de la Zakat de ses fonctionnaires et Ubaydah Ibn Al Jarrah (qu'Allah soit satisfait de lui) quand il l'a envoyé au Bahreïn pour recueillir la Jizyah.

La fondation de Bayt Al Mel même s'il n'était pas encore institutionnalisé depuis l’époque du Prophète est une preuve claire de l’existence d'un système financier islamique dès l'avènement de l'islam. Par conséquent, il est naturel que Bayt Al Mel se développe à toutes les époques.

Bayt al Mel du temps d'Abu Bakr

Du temps d'Abu Bakr (qu'Allah soit satisfait de lui) il n'y avait pas non plus de trésorerie principale. Abu Bakr (qu'Allah soit satisfait de lui) utilisait cependant une maison dans laquelle était conservé l'argent. Comme tout l'argent était distribué immédiatement, au moment de sa mort il ne restait seulement qu'un dirham dans Bayt Al Mel.

Bayt al Mel du temps d'Omar

Avec l'expansion du califat de nombreux territoires embrassèrent l'islam, de ce fait une quantité importante d'argent commença à être transportée en abondance au siège du califat à Médine. Il ne fait aucun doute que cela est l'une des grandes actions de la civilisation musulmane, les premiers califes avaient l’habitude de rendre aux gens leurs droits et ont instauré une solidarité sociale entre gouvernants et gouvernés.

Omar (qu'Allah soit satisfait de lui) instaura des salaires pour les hommes qui combattaient dans l'armée. Abu Huraira (qu'Allah soit satisfait de lui) qui était le gouverneur de Bahreïn adressa une collecte de cinq cent mille dirhams. Omar (qu'Allah soit satisfait de lui) convoqua son assemblée consultative pour une réunion et demanda l'avis des compagnons (qu'Allah soit satisfait d'eux) sur la l'utilisation de cet argent. Othman Ibn Affan (qu'Allah soit satisfait de lui) indiqua que le montant devait être conservé pour les besoins futurs. Walid bin Hisham (qu'Allah soit satisfait de lui) suggéra de procéder comme les Byzantins en établissant des départements distincts pour le Trésor et la comptabilité.

C'est ainsi qu'après cette consultation, le Bayt Al Mel central fût créé à Médine. Abdullah Bin Arqam (qu'Allah soit satisfait de lui) fut nommé officier du Trésor. Bayt Al Mel devint le ministère en charge des revenus et des problématiques économiques de l'État.

Un département des comptes indépendants fût mis également en place et il devint nécessaire de tenir un registre de toutes les dépenses. Plus tard des trésoreries provinciales furent mises en place. Après avoir couverts les dépenses locales, les trésoreries provinciales étaient tenues de verser le montant de l'excédent au Bayt Al Mel central de Médine. D'après Yaqubi les salaires et les traitements imputés au Bayt Al Mel central s'élevèrent à plus de 30 millions de dirhams.

Cependant la politique d'Omar (qu'Allah soit satisfait de lui) reposait sur la distribution de l'argent pour les personnes dans le besoin plutôt que de sa conservation dans Bayt Al Mel.

"Omar ordonnait la vidange de l'argent de Bayt Al Mel une fois par an"

Ibn Al-Jawzy.

Le plus remarquable ici est que le calife fit la distinction entre les administrations politiques et financières pour éliminer toute confusion et conflit d'intérêt, il nomma Ammar Ibn Yasser (qu'Allah soit satisfait de lui) comme vice-roi de Kufa et envoya Abdullah Ibn Masud (qu'Allah soit satisfait de lui) avec lui pour être l'officier de Bayt Al Mel.

Bayt al Mel du temps d'Othman

Un bâtiment séparé fut construit pour le trésor royal du nom de Bayt Al Mel, qui, dans les grandes villes était gardé par plus de 400 gardes. Parmi les califes Rashidun bien que certains récits indiquent qu'Omar (qu'Allah soit satisfait de lui) fut le premier à frapper des pièces de monnaie, la plupart des récits historiques rapportent que c'est Othman Ibn Affan (qu'Allah soit satisfait de lui) qui fut le premier à le faire.

Bayt al Mel du temps d'Ali

Craignant la sédition (la fitna) provoquée par l'argent le Commandeur des Croyants Ali Ibn Abi Talib (qu'Allah soit satisfait de lui) avait l’habitude de distribuer tout l'argent de Bayt Al Mel chaque vendredi. Il a été rapporté qu’une fois entré dans Bayt Al Mel, il s'adressa à l'or et l'argent en ces termes : « Tentez quelqu'un d'autre, je n’ai pas besoin de vous.»

Formes

Il existe trois formes de Bayt Al Mel :

1. Bayt Al Mel Al Khass en tant que « trésor royal » avec ses propres sources de revenus et postes de dépenses. Il avait pour fonction de couvrir les dépenses personnelles du Calife.

2. Bayt Al Mel en tant que banque centrale. Selon M. A. Mannan cela ne signifie pas qu'il disposait de toutes les fonctions de la banque centrale moderne, mais que n’importe laquelle de ces fonctions existaient déjà dans l'une de ses formes originelles. L'administration de Bayt Al Mel était toujours assurée à minima par une personne. À l'échelon provincial, le plus haut responsable de Bayt Al Mel était le gouverneur de la province. Ce dernier était en charge de la collecte et de l'administration des recettes. Le Bayt Al Mel central était situé dans la capitale de l’État afin qu'il puisse être placé sous le contrôle direct du Calife.

3. La dernière est la plus important des formes de Bayt Al Mel en tant que trésor public tel qu'institué par Omar (qu'Allah soit satisfait de lui) appelé Bayt Al Mel Al Muslimin, ou le trésor des musulmans. « En réalité, ce ne fut pas seulement pour les musulmans » d’après M. Mannan. Cela inclus le bien-être de tous les citoyens, indépendamment de leur caste, de leur couleur ou de leur religion. La fonction de Bayt Al Mel consistait à financer les travaux publics, les routes, les ponts, les mosquées, les églises ainsi que le bien-être et le soutien au plus pauvres. Généralement au niveau provincial, Bayt Al Mel était situé à la mosquée principale et était administré par le juge.

Le premier grand état providence du monde

Les notions d’aide sociale et de retraite ont été introduites dans la loi musulmane avec l'institution de Bayt Al Mel sous le Califat Rashidun au 7ème siècle. Cette pratique s'est perpétuée pendant l'ère abbasside du Califat. Les impôts recueillis par le Bayt Al Mel central étaient utilisés pour assurer un revenu aux nécessiteux, pauvres, personnes âgées, orphelins, veuves et personnes handicapées. Selon le théologien Abu Hamid Al Ghazali, il a également été prévu en cas de catastrophe ou de famine que le gouvernement constitue des réserves alimentaires dans chaque région. Ainsi, grâce au Bayt Al Mel, le Califat a put devenir le premier grand « État providence » du monde.

Le refus du gaspillage et des dépenses inutiles

Omar (qu'Allah soit satisfait de lui) lui-même vivait une vie simple et détachée de tout le luxe du monde, il est notoirement connu qu'il portait des chaussures usées et était généralement vêtu de vêtements rapiécés.

Mangez et buvez mais ne gaspillez point ! Car Allah n'aime pas les gaspilleurs. ﴿

Le mur d'A'raf, verset 31.

Il instaura des limitations de richesse aux gouverneurs et aux fonctionnaires qui pouvaient être licenciés s'ils montraient des signes extérieurs d'orgueil ou de richesse qui pouvaient les distinguer des autres personnes. Ce fut une première tentative d'effacer les distinctions de classe qui pouvaient inévitablement conduire à des conflits.

Omar (qu'Allah soit satisfait de lui) a également pris des dispositions de manière à ce que les fonds du trésor public ne soient pas gaspillés dans des dépenses inutiles. Il considérait que l'argent était mieux dépensé lorsque sa dépense était réalisée au profit du peuple.

La mise en place des programmes de solidarité

Divers programmes d'aide sociale ont été introduits par le calife Omar (qu’Allah soit satisfait de lui). En son temps, l'égalité a été étendue à tous les citoyens, Calife y compris. Il croyait qu'une personne, quelle que soit son importance, ne devait pas vivre d'une manière qui la distingue du reste de la population.

L’instauration de l’assurance chômage et des pensions d’invalidité

Les réformes sociales novatrices d’Omar (qu’Allah soit satisfait de lui) pendant le Califat Rashidun comprenaient l'introduction de la sécurité sociale avec l'instauration de l'assurance-chômage, qui rappelons-le n’apparut dans le monde moderne qu’au 19ème siècle.

Durant le Califat Rashidun, à chaque fois que les citoyens étaient blessés ou perdaient leur capacité à travailler, il devenait de la responsabilité de l'État de veiller à ce que leurs besoins minimaux soient satisfaits. Ainsi les invalides et leurs familles percevaient une allocation du trésor public.

Les pensions de retraite étaient fournies aux personnes âgées ayant pris leur retraite et pouvait compter recevoir une allocation du trésor public.

D'autres réformes eurent lieu plus tard pendant le califat omeyyade. Les soldats handicapés en service reçurent une pension d'invalidité, alors que des dispositions similaires ont été prises pour les handicapés et les pauvres en général. Le calife Al-Walid I affecta des ressources et des services aux nécessiteux qui comprenaient de l'argent pour les pauvres, des guides pour les aveugles, des fonctionnaires pour les estropiés, ainsi que des pensions pour toutes les personnes handicapées afin qu'ils n'aient jamais besoin de mendier.

Les califes Al-Walid II et Umar Ibn Abdul Aziz fournirent argent et vêtements aux aveugles et estropiés, ainsi que des fonctionnaires en charge de les assister. Cela continua durant le calife abbasside Al Mahdi. Tahir Ibn Husayn, gouverneur de la province Khorassan déclara dans une lettre écrite à son fils que des pensions du trésor devaient être fournies aux aveugles, qu’il fallait veiller aux pauvres et démunis en général, s’assurer de ne pas oublier les victimes de l'oppression qui sont incapables de se plaindre et ignorent comment faire valoir leurs droits, et veiller à ce que des pensions soient attribuées aux veuves et orphelins.

La mise en place de la tutelle publique et du Waqf

Les nourrissons abandonnés étaient également pris en charge. Omar (qu’Allah soit satisfait de lui) a également introduit le concept de tutelle publique et de propriété publique quand il mit en œuvre le régime du Waqf (fondation pieuse), système permettant le transfert de la richesse de l'individu ou de quelques-uns à une propriété collective sociale dans le but de fournir des services à la communauté.

Par exemple quand Omar (qu’Allah soit satisfait de lui) transforma la terre des Banu Harithah en Waqf dont l'usufruit de la terre fut donné à des pauvres, des esclaves, et des voyageurs.

Le rationnement alimentaire et la définition du seuil de pauvreté

Pendant la grande famine en 18 de l’hégire, Omar (qu’Allah soit satisfait de lui) a introduit d'autres réformes, comme le rationnement alimentaire en utilisant des coupons, donnés à ceux dans le besoin, qui pouvaient être échangés contre du blé et de la farine.

Un autre concept novateur fut celui de la définition d'un seuil de pauvreté, avec l'ensemble des efforts déployés pour assurer un niveau de vie minimal afin de permettre à ce qu'aucun citoyen vivant en terre d'islam n'ait à souffrir de la faim. En conséquence, Omar (qu’Allahsoit satisfait de lui) ordonna que les pauvres reçoivent une ration alimentaire de farine mensuelle. Toutefois, afin d'éviter que certains citoyens mal intentionnés ne profitent des services gouvernementaux, la mendicité et la paresse n'étaient pas tolérées, ceux qui recevaient des prestations du gouvernement devaient être des membres actifs de la communauté.

Les dépenses du Bayt Al Mel

Les dépenses publiques sont prises en charge par Bayt Al Mel dans le but de satisfaire les besoins de la communauté.

Les Sadaqats ne sont destinés que pour les pauvres, les indigents, ceux qui y travaillent, ceux dont les cœurs sont à gagner (à l'Islam), l'affranchissement des jougs, ceux qui sont lourdement endettés, dans le sentier de Dieu, et pour le voyageur (en détresse). C'est un décret de Dieu ! Et Dieu est Omniscient et Sage ﴿

Le repentir, verset 30.

Le Coran a clairement désigné les bénéficiaires de la Zakat, les catégories citées dans ce verset sont celles qui méritent la Zakât et il n’est pas permis d’en donner quoi que ce soit à d’autres qu’eux.

Tandis que le reste de l'argent de Bayt Al Mel est dépensé de la façon suivante :

  • Les salaires des fonctionnaires d’État incluant ceux qui travaillent pour Bayt Al Mel
  • La mise en place des infrastructures et des projets publics pour servir la communauté
  • Les dépenses liées au frais de fonctionnement de l’État
  • Les dépenses et bourses consacrées à la science et la recherche

Le budget et le contrôle du Bayt Al Mel

Le contrôle financier concerne les personnes qui travaillent pour Bay Al Mel et s’effectue à deux niveaux :

  • Au niveau des ressources, Bayt Al Mel s’assure que les impôts sont bien payés.
  • Au niveau des emplois, Bayt Al Mel s’assure que les ressources sont bien utilisées et dépensées comme Dieu l’a prescrit.
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